PMO au CHU de la Guadeloupe

Rédigé le 30/05/2020
Roland Lawson


Prévenir la Coordination dès la suspicion clinique d’état de mort encéphalique

  • En journĂ©e en semaine : 1143 (ou via le standard)
  • Le weekend, en passant par le standard du CHU, en demandant :
  • Josiane CAMPIER ou Françoise CAZAUX-MOUTOU

Conditions prĂ©alables :

  • TempĂ©rature > 35°C
  • PAM > 65 mmHg
  • Absence de sĂ©dation et de curarisation ≥ 6h

Diagnostic clinique d’état de mort encĂ©phalique :

  • Absence de conscience = Score de Glasgow 3
  • Absence de rĂ©flexes du tronc cĂ©rĂ©bral
  • Abolition de la ventilation spontanĂ©e vĂ©rifiĂ©e par une Epreuve d’hypercapnie

Diagnostic paraclinique d’état de mort encĂ©phalique :

  • Soit 2 EEG de 30min Ă  4h d’intervalle
  • Soit un angioscanner cĂ©rĂ©bral

Procès verbal du constat de décès signé par 2 médecins

 

Recherche de la non-opposition du dĂ©funt :

  • Interrogation du registre national de refus de prĂ©lèvement
  • Entretien avec les proches

 

RĂ©fĂ©rences :

Conférence d’Experts SFAR/SRLF/ABM Prise en charge des sujets en état de mort encéphalique dans l'optique d'un prélèvement d'organes G. Boulard, P. Guiot, T. Pottecher, A. Tenaillon, Annales Françaises d'Anesthésie et de Réanimation, Volume 24, Issue 7, July 2005, Pages 836-843.

Livret d’aide à la prise en charge d’un donneur potentiel d’organes en vue de prélèvement. Agence de la Biomédecine, Septembre 2010.

Diagnostic Clinique de l’état de mort encéphalique

RĂ©glementation : dĂ©cret n°2005-949 du 2 aoĂ»t 2005.

 

Pour tout patient en état de mort encéphalique ou présentant une forte présomption de passage rapide vers cet état, il faut penser systématiquement au prélèvement d’organes.

Ceci quel que soit l’âge ou les antécédents du donneur potentiel.

 

  1. Analyse des circonstances ayant conduit à l'état actuel du patient

Absence d'hypothermie, d'intoxication médicamenteuse ou de sédation.

Les cas les plus fréquemment rencontrés sont :

  • les AVC ischĂ©miques ou hĂ©morragiques,
  • les traumatismes du crâne,
  • les anoxies cĂ©rĂ©brales.

 

  1. Sur l'existence de 3 critères cliniques :

 

  1. Absence totale de conscience et d'activité motrice spontanée = Score de Glasgow 3

Attention, on peut observer des mouvements dus à l'automatisme médullaire.

 

  1.  Abolition des rĂ©flexes du tronc cĂ©rĂ©bral
  • rĂ©flexe photo moteur                            Atteinte mĂ©sencĂ©phalique
  • rĂ©flexe oculo vestibulaire                     Atteinte mĂ©sencĂ©phalique
  • rĂ©flexe oculo cĂ©phalogyre                    Atteinte mĂ©sencĂ©phalique basse
  • rĂ©flexe cornĂ©en                                      Atteinte protubĂ©rantielle
  • rĂ©flexe de toux                                       Atteinte pontico-bulbaire
  • rĂ©flexe oculo cardiaque                        Atteinte bulbaire

 

  1. Abolition de la respiration spontanée vérifiée par une épreuve d'hypercapnie

 

 

Epreuve d’hypercapnie

Règlementation décret 2005-949 du 2 août 2005.

L’épreuve de débranchement du respirateur ou épreuve d’hypercapnie est un élément essentiel et obligatoire du diagnostic de mort encéphalique.

Les conditions préalables de cette épreuve sont :

  • Personne prĂ©alablement rĂ©chauffĂ©e, T°C > 35°C
  • Absence de sĂ©dation et de curarisation,
  • RĂ©glage du respirateur pour atteindre la normocapnie,
  • Pression artĂ©rielle systolique supĂ©rieure Ă  90 mm Hg,
  • FiO2 Ă  1 pendant 15 minutes minimum,
  • Surveillance de l’oxymĂ©trie de pouls.

Après le débranchement du respirateur et l’administration d’oxygène par une sonde endotrachéale entre 5 et 10 litres par minute, le médecin vérifie l’absence de tout mouvement de la cage thoracique pendant 10 minutes.

La fin de l’épreuve est marquée par une hypercapnie mesurée par les gaz du sang. La réglementation française ne précise pas le niveau de capnie à atteindre (les recommandations varient entre 50 et 60 mmHg).

 

  • Informer l’IDE de Coordination au dĂ©but de l’épreuve d’hypercapnie.
  • Fiche d’épreuve d’hypercapnie, disponible Ă  la coordination, Ă  remplir par le mĂ©decin en charge du patient. 

 

 

Diagnostic paraclinique de l’état de mort encéphalique

 

Règlementation : Code de la santĂ© publique article R 1232-2

 

  1. Soit 2 EEG nuls et aréactifs
  • de 30 minutes chacun,
  • Ă  4 H d'intervalle,
  • en l'absence de circonstances confondantes (sĂ©dation, hypothermie < 35 °C, collapsus).
  • L’heure du dĂ©cès correspond Ă  l’heure de la fin du 2ème EEG.
  • Astreinte possible les weekends/jours fĂ©riĂ©s par une technicienne d’EEG, UNIQUEMENT pour les suspicion d’état de mort encĂ©phalique.

 

  1. Soit une angiographie objectivant l'arrêt de la circulation cérébrale. En pratique :
  • d'un angioscanner visualisant une absence d’opacification :
    • des artères pĂ©ri calleuses Dt + G
    • des artères terminales du cortex Dt + G
    • des veines cĂ©rĂ©brales internes Dt + G
    • de la grande veine cĂ©rĂ©brale
  • Remarques :
    • C’est une URGENCE diagnostique
    • Exiger un compte-rendu signĂ© du radiologue
    • L’heure du dĂ©cès correspond Ă  l’heure de la fin de l’examen
    • Penser Ă  demander dans le mĂŞme temps une TDM thoraco-abdomino-pelvienne (morpho rĂ©nale)

Doppler transcrânien

La vélocimétrie Doppler transcrânienne n’a pas de valeur réglementaire pour le diagnostic de la mort encéphalique.

  • prĂ©dictive de mort encĂ©phalique lorsque qu’elle dĂ©tecte un flux oscillant systolo diastolique.
  • non invasive et facilement rĂ©alisĂ©e et rĂ©pĂ©tĂ©e au lit du malade.
  • permet d’évoquer le diagnostic de manière rapide et prĂ©coce.
  • permet de raccourcir le dĂ©lai entre la mort et le prĂ©lèvement.

 

 

Réanimation du patient

 

ConsĂ©quences physiologiques de l’état de mort encĂ©phalique :

 

Instabilité hémodynamique

  • Hypotension par vasoplĂ©gie liĂ©e Ă  la diminution du tonus sympathique parfois majorĂ©e par une dysfonction myocardique (myocardite adrĂ©nergique liĂ©e Ă  la phase d'hypertension intracrânienne).
  • HypovolĂ©mie par retard de compensation des pertes ou hĂ©morragie.
  • Troubles du rythme cardiaque aggravĂ©s par les troubles mĂ©taboliques et l’hypothermie.

 

Diabète insipide par absence d'ADH

Les conséquences les plus habituelles sont :

  • l’hypokaliĂ©mie pouvant ĂŞtre très importante avec effet inotrope nĂ©gatif,
  • l'hypernatrĂ©mie.
  • l'hypophosphorĂ©mie,
  • l'hyperglycĂ©mie.

 

Absence de régulation thermique avec hypothermie

- Perte de 1 à 2 °C/h

- ConsĂ©quences : trouble du rythme cardiaque, instabilitĂ© hĂ©modynamique, trouble de la coagulation.  

 

Baisse du métabolisme basal

Avec risque d'hypocapnie.

 

 

 

Réanimation du patient

 

Objectifs :

 

  • Poursuivre une rĂ©animation adaptĂ©e du patient jusqu’au PMO, y compris bilans sanguins rĂ©guliers

 

  • PAM entre 65 mmHg et 100 mmHg
  • PVC Ă  8 mmHg
  • T° entre 35°5 C et 38° C
  • Diurèse horaire entre 1 et 1,5 ml.kg-1.h-1
  • PaO2 > 80 mmHg
  • Hb entre 7 et 9 g/dL
  • Normocapnie
  • Normo pH
  • LactatĂ©mie artĂ©rielle < 2mmol/L
  • NormonatrĂ©mie - normokaliĂ©mie

 

Monitorage recommandĂ© par l’Agence de BiomĂ©decine

 

  • Scope
  • OxymĂ©trie de pouls
  • CathĂ©tĂ©risme de l’artère radiale
  • Voie veineuse centrale au mieux territoire cave supĂ©rieur
  • Surveillance de la tempĂ©rature centrale
  • Sondage vĂ©sical
  • Voie veineuse pĂ©riphĂ©rique pour angioscanner
       
     
   
 

Prise en charge du diabète insipide

 

DĂ©finition :

  • HypernatrĂ©mie > 145mmol/L
  • Polyurie >2 ml/kg/h
  • Hypotonie urinaire avec densitĂ© urinaire < 1005,

   natriurèse < 15mmol/L, osmolalitĂ© urinaire < 300mOsm/kg.

 

Eliminer une polyurie secondaire :

  • osmotique : Mannitol, hyperglycĂ©mie
  • induite : diurĂ©tiques
  • adaptĂ©e : surcharge hydrosodĂ©e

Traitement symptomatique :

  • compensation de la diurèse volume Ă  volume ou ½ volume
    • soit par la SNG : eau
    • soit IV : SĂ©rum glucosĂ© Ă  2.5% + Ă©lectrolytes (KCl selon le ionogramme)
  • contrĂ´le stricte de la glycĂ©mie, insulinothĂ©rapie IVSE

Traitement substitutif :

  • Desmopressine MINIRIN  
  • titration 0.5 Ă  1 µg toutes les 6 Ă  12 heures par voie IV
  • Avec réévaluation clinique et biologique

Objectif : 1ml/kg/h<diurèse<1.5 ml/kg/h et DU>1005

Surveillance :

  • diurèse /2h
  • densitĂ© urinaire /2h
  • ionogrammes plasmatique et urinaire pluriquotidiens (au minimum/6h).

 

 

Critères dĂ©valuation des organes : Rein

 

  • Les examens indispensables pour l’évaluation des reins sont :
    • la crĂ©atininĂ©mie,
    • l’ECBU,
    • l’étude du sĂ©diment urinaire
    • l’imagerie rĂ©nale par TDM

 

  • Le taux de la crĂ©atininĂ©mie Ă  l’admission, ou dans les jours prĂ©cĂ©dents, ainsi que le calcul de la clairance de la crĂ©atinine par la formule de Cockcroft, sont des critères dĂ©terminants de la qualitĂ© du greffon.

 

  • La qualitĂ© du greffon devra ĂŞtre analysĂ©e au vu des autres comorbiditĂ©s du donneur, des problèmes survenus en rĂ©animation et du temps d’ischĂ©mie froide qui devra ĂŞtre le plus court possible.

 

  • Une HTA de plus de dix ans est Ă  prendre en compte pour la dĂ©cision de prĂ©lèvement.

 

  • Ne contre-indiquent pas le prĂ©lèvement :
    • L’âge du donneur.
    • Une hĂ©maturie ou une protĂ©inurie modĂ©rĂ©es.
    • Une insuffisance rĂ©nale aiguĂ« apparue en rĂ©animation.
    • Un arrĂŞt cardiaque de moins de 30 minutes ou une instabilitĂ© hĂ©modynamique, mĂŞme avec des doses Ă©levĂ©es de catĂ©cholamines.

 

  • L’impact de l’administration des produits de contraste iodĂ©s chez le donneur doit inciter Ă  ne pas multiplier les actes d’imagerie avec opacification vasculaire.

 

  • Les contre-indications au prĂ©lèvement rĂ©nal sont :
    • une clairance de la crĂ©atinine < 30 ml/min,
    • une glomĂ©rulosclĂ©rose > 50 %,
    • des lĂ©sions athĂ©romateuses majeures.

 

MĂŞme pour un prĂ©lèvement rĂ©nal uniquement, doivent apparaĂ®tre dans le dossier :

  • un groupe ABO
  • une radiographie thoracique rĂ©cente
  • un bilan hĂ©patique
  • un bilan pancrĂ©atique
  • un bilan cardiaque avec ECG et troponine

 

  •  

Procès verbal

 

Signé par 2 médecins appartenant à des unités fonctionnelles différentes.

 

Recherche de la non-opposition du dĂ©funt :

 

  1. Interrogation du registre national de refus de prélèvement

 

IDE coordination

 

  1. Entretien avec les proches

 

La gravité du pronostic doit déjà avoir été évoquée avec la famille lors d’un entretien préalable par le médecin réanimateur en charge du patient.

 

L’entretien se fait idĂ©alement en 2 temps :

 

  • Premier entretien rĂ©alisĂ© par le mĂ©decin rĂ©animateur en charge du patient qui annonce le dĂ©cès

 

  • Deuxième entretien en prĂ©sence du mĂ©decin rĂ©animateur en charge du patient, de l’IDE de la coordination hospitalière et d’un second mĂ©decin, soit mĂ©decin coordinateur soit mĂ©decin praticien hospitalier volontaire du service.

 

La décision d’amener le sujet au prélèvement relève de la responsabilité du médecin du donneur car c’est lui qui s’assure de l’absence d’opposition du vivant du patient et de contre indication générale. En revanche, pour chaque donneur potentiel, et notamment pour les cas de « donneur limite », la décision de transplanter tel ou tel organe et donc de le prélever relève uniquement du médecin transplanteur qui dispose, par l’intermédiaire de la coordination hospitalière, de l’ensemble des informations concernant le donneur.

 

L’accompagnement de la famille par l’équipe en charge du patient ne peut qu’être facilité par le respect et la prise en compte de ses convictions religieuses et de ses différences culturelles. La qualité de l’accueil des familles et des proches est déterminante pour l’acceptation ou le refus du don.

 

Les entretiens doivent se dérouler dans un local décent, permettant de faire asseoir les participants et de préserver l’intimité et la confidentialité. Ils interviennent après confirmation paraclinique de la mort encéphalique et assurance par la coordination de la faisabilité des prélèvements. Ils ont comme objectifs :

  • d’annoncer le dĂ©cès ;
  • d’informer sur la ME, le don et sa finalitĂ© ;
  • de rechercher le refus du prĂ©lèvement du dĂ©funt exprimĂ© de son vivant.

 

 


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